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Pourquoi Libreville ferme la porte aux importations en 2027 — et ce que cela change pour l’Afrique centrale

Un tournant silencieux mais stratégique

Le Gabon vient de franchir une étape décisive dans sa politique de souveraineté alimentaire. Le gouvernement a officiellement acté l’interdiction des importations de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, sous l’impulsion du Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Derrière cette décision se joue bien plus qu’un simple arbitrage agricole : il s’agit d’un pari industriel, budgétaire et stratégique susceptible de redessiner en profondeur la chaîne de valeur avicole du pays.


Une dépendance devenue insoutenable

Le diagnostic posé par Libreville est sans ambiguïté.

Aujourd’hui :

  • Production locale : ~4 000 tonnes/an

  • Demande nationale : ~59 000 tonnes

  • Importations : ~55 000 tonnes

Autrement dit, plus de 9 poulets sur 10 consommés au Gabon proviennent de l’étranger.

Pour les autorités, cette dépendance représente :

  • une fuite massive de devises

  • une vulnérabilité alimentaire structurelle

  • un frein à l’industrialisation agricole


Le poulet, nouveau levier d’industrialisation

Poulet congelé

Avec l’échéance de 2027, Libreville envoie un signal clair au marché : le Gabon veut bâtir une filière avicole nationale intégrée.

Les objectifs officiels

  • Atteindre la souveraineté avicole

  • Créer des emplois ruraux et industriels

  • Stimuler l’investissement privé

  • Réduire la facture d’importation alimentaire

  • Structurer de véritables champions locaux

Le gouvernement travaille déjà à une feuille de route interministérielle pour préparer la transition.


Un marché captif qui attire déjà les investisseurs

Pour les acteurs du secteur, la décision crée un choc d’opportunité.

D’ici 2027, le pays devra remplacer près de 50 000 tonnes de poulet importé.

Segments à fort potentiel

  • Élevages industriels de poulets de chair

  • Production d’aliments pour volaille

  • Couvoirs modernes

  • Abattoirs et unités de transformation

  • Logistique frigorifique

  • Distribution moderne de protéines animales


Le test de crédibilité commence maintenant

L’histoire économique africaine appelle à la prudence. Plusieurs pays ayant tenté des restrictions similaires ont connu :

  • des flambées de prix

  • des pénuries temporaires

  • une explosion de la contrebande

  • une production locale insuffisante

Le Gabon devra éviter ce piège classique du protectionnisme sans écosystème.


Les cinq conditions de réussite

Pour que le pari réussisse, cinq chantiers seront décisifs :

  1. Financement massif et structuré des éleveurs

  2. Sécurisation des approvisionnements en maïs et soja

  3. Renforcement vétérinaire et des normes de biosécurité

  4. Développement de la chaîne du froid

  5. Accès fluide et durable au crédit agricole

Sans ces leviers, préviennent les analystes, l’interdiction pourrait produire plus d’inflation que de souveraineté.


Effet domino attendu en Afrique centrale

La décision gabonaise pourrait faire école dans la zone CEMAC.

Pour les opérateurs basés à Douala — notamment dans :

  • l’aliment bétail

  • la génétique avicole

  • les équipements d’élevage

  • la logistique frigorifique

Le marché gabonais devient une extension naturelle de croissance.


ENCADRÉ — Ce que les investisseurs doivent surveiller

Signaux positifs

  • Volonté politique forte

  • Calendrier clair (2027)

  • Déficit structurel du marché

  • Appel aux partenariats public-privé

Zones de vigilance

  • Coût de l’aliment volaille

  • Capacité énergétique

  • Structuration des producteurs

  • Contrôle des frontières


Conclusion – Valeurs Ajoutées

Le Gabon joue gros. En fermant progressivement la porte au poulet importé, Libreville ne mène pas seulement une politique agricole : le pays teste sa capacité à transformer une dépendance alimentaire en industrie nationale compétitive.

Si le pari est réussi, le Gabon pourrait devenir l’un des nouveaux pôles avicoles d’Afrique centrale. Dans le cas contraire, le consommateur gabonais pourrait être le premier à en payer le prix.

Par Valeurs Ajoutées Magazine

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